22/10/2006

Les Chiens

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Gilbert a déposé son casque sur le sol et s’est allumé un clope. On devinait alors ses rides ambrées dans l’incandescence de son mégot informe. On était tous très conscient de n’être que poussière mêlée à l’humidité de nos larmes. Nos yeux toujours encrassés de limaille pleuraient des humeurs troubles qui traçaient sur nos gueules des volutes sauvages. Le visage de Gilbert se confondait avec l’horizon, proposant un camaïeu sienne.

 

On était tous un peu confondus d’ailleurs, nos mains, devenues orphelines de cals, se contorsionnaient dans d’abominables questions métaphysiques quant au sujet de leur naissance. Bien alignés en rang, on eut dit une colonie d’insectes pionniers tentant de repousser toujours un peu plus loin la frontière.

 

« Qu’y a t-il de plus inquiétant que de chercher l’ombre pour s’abriter d’un soleil inexistant ? » lâcha Gilbert en écrasant sa cigarette.

 

A force de silence et de résignation, on avait cru que la parole nous était devenue interdite.

La question de Gilbert tempêta dans les crânes de ses compagnons de route.

 

Jean vomit à en devenir sec, et, à défaut de mandragore, engendra une bruyère éphémère. On avait tous peur d’exploser en fait. Curieusement, personne n’en voulait à Gilbert.

On a ramassé la flaque qui faisait office de dépouille de Jean en se promettant d’habiller avec le premier chien qu’on croiserait.

 

A l’époque des souvenirs et des regrets, Jean nous parlait toujours du chien !

10:33 Écrit par malecicatrique dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |