27/05/2006

Le Livre XXXII (Les Evangiles Urbains III)

 

 

C’est au ciel d’un plafond trop haut qu’il calmera l’angoisse de son amour.

Issus d’un orifice primaire pour prise de terre, des fils tentacules empruntent aux mains du monde une agressivité avide.

 

Que ne feraient-elles pas, ces mains, pour étrangler l’homme, pour lui gonfler les yeux au souffle boueux d’une aigreur de moutardier ?

 

Ses joues se creusent, rongées par le remord que d’autres n’ont pas cru bon de baigner dans leur acide. Le monde peut encore sourire pendant que ses martyrs vomissent isolés, la tourbe d’un peuple narcissique.

 

Des moines autolâtres frappent à ses carreaux, leurs faciès tirés aux expressions de rage percutent les vitres pour mieux rythmer leur ardente prière.

 

L’homme attendra avec calme le silence de la mer, recouvert quelques heures d’un drap méditatif et oubliera sans doute son inutile don…

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25/05/2006

Le Livre XXXI (Les Evangiles Urbains II)

 

 

Ne lui parlez pas de la peur de l’inconnu mais plutôt d’inconfort. Le dehors c’est la morsure d’un gel façonné à l’ego démesuré du monde. Comment ne pas connaître l’Autre ?

 

Toutes ces traces de doigts sur les carreaux à l’inquiétante condensation.

Les volets claquent ; glottes d’hommes trop fiers, leurs poèmes étouffent en se tordant dans nos larynx larmoyants.

 

Car voyez-vous, il nous aime…

 

Oui…

 

Nous aimons trop nos reflets, même difformes, même conscients de l’obésité de nos orgueils.

 

D’un violent coup de poing dans la fenêtre il s’est ouvert au monde, une saignée pour partir au front, descendre, traverser la rue et errer dans le parc.

 

Chiens et papiers dans un tango effréné affichent de solennelles mines.

Aujourd’hui l’air a un prix, celui de la place que seule la vanité sait dévorer.

 

Chats de poussière tel un gant de crin sur la langue…

 

Pour éviter le cri ?

 

Les lunes d’or se sont accrochées aux visages d’ étrangers ou bien s’agit-il de fesses, de celles qu’on paie pour soulager les messieurs ?

 

Il traîne ses souliers, mais, ne relèvera pas son col de veste, nous ne sommes pas à la fin d’un film ici,non !

 

Ici, c’est la vie.

 

Et dire qu’il nous aime malgré tout !

 

Malgré la vulgarité de nos démonstrations, l’insignifiance de nos sentiments…

 

Il nous aime…

 

Comment ne pas comprendre son ascétisme ? Epuisé qu’il revient des images de notre monde.

 

Il rentre, la cage d’escalier est froide, suintant la froideur des passes soldées…

 

Ne pas croiser quelqu’un, ne pas croiser…

 

 

Plus une seule image, il ferme les paupières et invoque la conjonctivite.

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20/05/2006

Le Livre XXX (Les Evangiles Urbains)

 

 

 

Il se souvient de cette autre vie, cette vie plus ou moins datée, dans une ville à l’organisation verticale, peuplée d’hommes confondus au silence de poumons métalliques.

 

De trois quart, à la fenêtre d’une architecture froide, tel un sourire symétrique sur la face d’un trottoir aux parfums carboniques, il réfléchit, l’œil offert à la froideur d’une averse orpheline. Soumis à cette pluie pour une lubrification cérébrale obligée. Avant ce souvenir n’existe qu’un néant bruyant.

 

Ainsi, dans la cicatrice d’un néon brumeux, il observe cette plaie sur la surface du monde. Mainte fois nettoyée aux eaux de religions passionnées, mais la charogne bourgeonne, enfante des pistils aux appétits anormaux, à la voracité orgueilleuse.

 

La vitre, banquise salvatrice, sur cette joue bleutée ne tomberont plus les scansions sourdes d’un peuple sur le déclin.

 

Cette obscurité qui l’autorise à la réflexion.

Cette pénombre qui interdit la réflexion.

 

Mais la masse se rappelle à la plante de ses racines dans un fourmillement régulier d’aveugles se dépêchant tête baisse à la guillotine.

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12/05/2006

Le Livre XXIX (Insectes?)

 

 

Les hexapodes ont posé leurs valises pour se faire les dents sur le plat de mes côtes.

 

Quelques « grttt grtttr grgt »

 

Quelques « frtftrf frftfrfgtfrt »

 

Ils érodent mon squelette en riant à gorge déployée, tout ça pour créer le manque…

 

Le manque de sa toison chêne, de son bouquet mêlé de musc et d’agrume.

 

Le corps tremble et réclame cet empyreume suggestif.

 

 

« grtrgtrg grtgrtg »

 

 

La moelle, butin saturnien, comme un chrysanthème naissant de la plaie aveugle.

 

Il me faudrait être assez souple pour rogner l’absence.

 

 

L’homme est faible tant que sa main demeure vide de la chair qu’il aime.

 

Il ne sait plus bâtir et ne vibre qu’aux mouvements d’habitudes vulgaires.

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11/05/2006

Le Livre XXVIII (Pardonne mes errances)

 

 

L’homme est essentiellement fait de boue, je suis un homme.

J’ai sali les draps de mes mots.

Mots qui s’échappent légers,

Juste une question suintant depuis la blessure narcissique.

 

 

Il ne faut pas casser,

Mais il faut trembler pour porter au pinacle,

La grandeur de ton âme,

La force de tes bras cassés.

 

 

Oh… Ma Frida

Je dégueule comme Diégo cette violence idiote,

Accepte ces traces de boue comme l’élan de mon corps,

 

Rentre dans cet écrin, formé dans le creux de mes mains,

J’y ôte les échardes fielleuses de mon orgueil,

 

Viens ma douce…

 

 

Nous bougerons la stèle ensemble.

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09/05/2006

Le Livre XXVII (Quelque part sur la pierre)

 

 

La nuit…

 

La nuit, sous le toit, à l’abri, sans un bruit, tout à fait coi, presque abruti.

 

Je plante une main fouilleuse dans mon cerveau embrumé pour ne tirer qu’une seule image,

 

Imprimée sur ma rétine, indélébile…

 

Je tente d’y donner un sens, mais le divin,

 

Mais le sacré,

 

Ne souffrent pas l’insignifiance humaine

 

Alors, je me mue en entité liturgique,

 

En prêtre sulfureux à l’alchimie pure,

 

Je me fais joaillier pour sertir ses orbites de pierres monolithiques,

 

Car il a pris sa source lorsque les racines étaient encore jeunes,

 

Encore jaunes,

 

Et elles se sont courbées pour t’inviter à la danse,

 

Au rythme de ma conviction,

 

Lorsque tu dors,

 

Et que,

 

Je te regarde,

 

Et que,

 

Mes questions disparaissent en une seule et même réponse,

 

Inscrite

 

Quelque part,

 

Sur les parois d’une cavité antique,

 

Car le hasard est mort,

 

Lorsque la conscience de nos existences,

 

Fût caressée.

 

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05/05/2006

Le Livre XXVI (Grenada)

 

 

On a contemplé les froncements de Gaïa, elle qui adopte une attitude sévère lorsque le soleil se plaît à lui noircir les traits.

Et, dans l’ocre arabe, tu posais ton oeil un peu partout,

Du doigt, tu as désigné le puits de ta naissance,

L’orgueil d’une naissance qui perdure,

Et ce, malgré les vents,

Malgré les sourires de circonstance,

 

Et moi j’étais ton ombre,

Le corbeau à l’envergure juste assez large pour ton petit corps fragile.

 

Quel drôle de nom : « Paseo del Tristes » !

Nos rires rebondissent encore dans les ruelles,

Parmi les odeurs orangées,

Les rides des doyennes,

La fraîcheur des patios.

 

On a contemplé une réussite humaine,

D’artifices et de respect,

De domestication et de soumission,

Et l’on s’inspire,

De ce que l’on a respiré.

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