29/03/2006

Le Livre XXII (La première page)

 

Peut-être est-il verbe ?

Peut-être est-il amour ?

Qu’importe ?

 

Je suis seul dans le compartiment bercé par les effluves doux de vanille, le train de ce corps qui me mène aux délices. Descendre au dernier arrêt. Oh oui ! Tu peux sourire, l’innocence est le lot des vierges et des idiots. Pose mes mains où tu le voudras, la portée de tes idées se noirci de croches, doubles, triples, et tes mâchoires gonflent, tes paupières claquent, il n’y aura jamais assez d’air et pourtant, aucun de nous deux ne goûtera l’anoxémie.

 

Et soudain je ne sais plus lire la dilatation de tes pupilles !

La peur panique dans un magma quasi impur fusionne avec le besoin d’effeuiller les blandices et tu retiens ton cri tandis que mes reins crissent, tes doigts déchirent les draps et c’est l’aurore et sa rosée saumâtre, on entend plus que deux cœurs frappant les barreaux de la cage.

 

Tu vas prendre la parole, tourner cette langue qu’il me plaît de mordre, tu chercheras tes mots…

 

Peut-être est-il verbe ?

Peut-être est-il amour ?

Qu’importe ?

 

Il faut savoir lire la peau !

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26/03/2006

Le Livre XXI (Les évadés de Chagall)

 

 

Ils descendirent la pente caillouteuse en trébuchant parfois ce qui avait des effets vibratoires sur leur chant, la cardamome qui se nichait dans les méandres de leurs tignasses affadissait les purpurins pétales des cardamines collées à la terre. Ils volaient, les évadés de Chagall, mais ils descendaient dans la ville qui fut le lieu de leur rencontre, de leur naissance, de leur vie antérieure, de quelques menus plaisirs, de quelques blessures baillantes.

 

Ils arrivèrent devant un bâtiment de brique noire, de forme parallélépipédique, fenêtres condamnées, par la crasse, par besoin, on ne sait, porte d’acier depuis laquelle s’échappait un « boom boom » irrégulier assaisonné de râles et de rires mesquins ; on entrait dans le monde…

 

« Tu te souviens ? » Lui dit-il.

 

Elle acquiesça sans trembler, mais en sentant toutefois un poids au niveau de la nuque. Ce poids était la main de « Il » alors tout allait pour le mieux.

 

Ils poussèrent la porte pour découvrir, comme ils s’y attendaient, les informes masses noires, les egos aiguisés d’artistes contrariés, aux dimensions tant orgueilleuses que les angles de la pièce gagnaient quelques mètres chaque jour.

 

« Comment les artistes peuvent-ils former ce qu’ils nomment des groupes ? » Se dirent-ils in peto.

 

Leur altruisme suidé comment une pierre semi-précieuse qui apprend à jouer avec la lumière pour égaler ses célestes aînées.

 

« Mais la valeur ne se loge pas dans l’éclat mon chéri ! » Lui glissa t-elle à l’oreille, consciente de poser là un truisme.

 

« Je sais ça mon amour, mais certains sont encore gagnés par l’autolâtrie, ils souffrent et pensent ainsi évoluer au dessus de la belle race humaine. Restons encore un peu invisibles, embrasse-moi ! »

 

Leur peau cireuse perdait de sa douceur à leur contact, ils se devaient de partir, cela les peinaient fort ! Ils aimaient ces artistes malades !

 

« Pourquoi les aimons-nous ? » Juste par la pensée elle lui adressa cette question.

« Ils sont ce que nous fûmes et n’ont pas encore la fortune… » Il sourit et la prit dans ses bras.

 

Les évadés de Chagall reprirent la route dans l’autre sens, les cardamines baissèrent la tête, contrariées…

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17/03/2006

Le Cauchemar I (Plongée dans la rouille)

 

Il est des mondes qui nous collent à la peau, étranges, qui ne nous sont pas étrangers puisque nous leur donnons vie et c’est effrayant !

Cette nuit là, j’ai mouru ! Je suis contraint de maltraiter la grammaire dans un soucis de fidélité toutefois, cette mort n’ayant été que ponctuelle. On m’a retrouvé mort dans un décor mêlé de décharge municipale, d’usine puant la bakélite, de ville mutante dévoreuse d’ouvriers, le tout, parsemé d’étangs aux carpes comme on en trouve chez Wilde. Le tableau est stupéfiant, comment pouvoir être ainsi sépulcral ?

 

J’étais donc mort, retrouvé dans ce bourbier urbain que je visitais pour la première fois, que venais-je y faire ? On sait que j’étais ivre au moment du décès, je sais tout ça car je suis assez tordu pour ressusciter et participer à l’enquête…Enfin à ma manière, dans mon coin… Comme je ne me souviens de rien, je tente de décrasser la toile de ma mémoire, je voudrais savoir…On dit que je suis allé chez des gens m’en mettre ras la gueule de bibine et autres spiritueux, mais on ne sait pas comment je suis mort.

 

Ca sent un peu l’iode, y’a une histoire d’eau là dedans, je suis mouru probablement en bord de mer. Mais quel Dieu est assez pervers pour poser une ville-termite sur une côte aux reflets de cuivre oxydé ?

Peut-être m’a t’on pris par la main, pour m’emmener mourir ? On m’aurait aidé en somme…. Tu vois un peu ce que je veux dire ?

 

Me connaissant, et, revisitant les lieux du trépas, la mort causée par la peur panique semble être la plus probable. C’est comme si le monteur sombrait dans une maladie nerveuse teintée d’apoplexie et qu’il nouait les rushes de mes dernières heures en s’inscrivant dans une nouvelle logique, une logique que lui seul approuverait.

 

Images brèves, violence, cris de bête, corps allongé dans l’herbe longue à la rosée rouillée, yeux rivés sur un dais étoilé, le liquide velouté s’échappe, le friselis des insectes prisonniers qui se noient par millier, la rumeur de la ville déserte qui persiste à jouer les vivantes, une voiture dérape un peu sur le gravier, son qui déchire les tympans, chaque battement d’aile est une excoriation du repos…

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14/03/2006

Le Livre XX (La Camarde)

 

 

Le birbe tirait sur sa pipe au point de ne former plus qu’une seule grosse ride. Ca l’étonnait ça, le vioque, des mouettes qui volent au-dessus du cimetière ! Il était d’ailleurs un peu apeuré, grattant de ses ongles la stèle qui lui servait de banc. Il se demandait assez justement si ses méninges ne prenaient pas petit à petit l’aspect du guano !

 

Avant, on disait :

 

« - y’a plus de saisons ! »

 

Qu’est-ce qu’on peut dire maintenant ?

 

Quelle drôle de nuit tout de même !

 

Il décida de ne pas remettre à plus tard sa petite ballade d’éléphant égaré. Avec son crâne déformé découpant l’air du soir, il arpentait mécaniquement les allées.

 

   « - Bonsoir Job !

 

-         ‘Soir Martin ! »

 

Ici aussi, les banalités langagières sont monnaie courante, mais les sourires sont francs et toujours bien intentionnés ! Il avait quand même toujours mal aux genoux le Martin, il prît appui sur un cippe qui marquait un carrefour en faisant semblant de reprendre son souffle.

Des excentricités de vieillard…

 

Que dis-je ?!

 

Baroqueries de mânes, oui !

 

Puis, il a soulevé le couvercle afin de se recoucher.

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12/03/2006

Le Livre XIX (Hic et Nunc)

 

Ainsi, ils sortirent leurs truelles, leurs gâches, leurs pelles…

La sueur irait nourrir les sols ocres, elle réveillerait les petites plaies du quotidien placées judicieusement. Mais ils arboraient le sourire des hommes qui s’unissent.

 

Lui, leur tourna discrètement le dos pour s’évanouir en un point anodin de l’horizon. Il leva les yeux vers le ciel :

 

« Raymond !

Raymond, s’ils savaient, s’ils pouvaient au moins comprendre et voir avec les yeux souillés par la vie de l’autre côté. Cette vie qui sent la brique humide et la pierre de briquet, la Gitane maïs, le vin d’avant l’église et la bière d’après, le cuir de leurs chaussures affrontant une herbe trop riche, les moustaches enrichies au jus de leurs ragoûts… S’ils savaient que cet endroit existe déjà, qu’il bat comme le cœur d’un homme mûr en bonne santé et qui ne se refuse aucun plaisir… Mais s’ils savaient… »

 

Il surplombait alors une banlieue d’apparence tranquille dégageant des fragrances d’huiles et de foyers heureux. Une architecture simple, peut-être même un peu laide si l’on s’en réfère aux canons des plus illustres décorateurs. Peu importe, ici ondoyaient les ventricules d’une existence à la fois bonhomme et puissante, on y disait des choses simples sans aplomb.

 

Il sortit son instrument de musique, cet hybride entre la guitare et le cithare, puis, assis sur un tronc coupé il entonna ce refrain :

 

« Elève-toi sous leurs yeux et ils t’ignoreront,

 

   Vole à eux,  du ciel, la crainte ils auront,

 

   Ecris leur l’histoire de leur vie qu’ils oublieront,

 

   Raconte leur leurs mères, ils pleureront,

 

   Evanouis-toi et toujours aveugles ils te chercheront. »

 

 

Puis, comme animé d’une transe tribale il dévala le versant de la colline en scandant son nom.

 

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10/03/2006

Le Livre XVIII (De Profondis)

 

« Après avoir traversé ce dédale verbeux, s’être griffé aux buissons, leurs épines telles des langues aiguisées, n’est-il pas temps, je vous le demande de tirer une première conclusion ? »

 

Il s’est assis, a tout d’abord fermé les yeux, puis sembla fixer un point très loin, au delà de toute limite, un point par delà l’humanité. De sa voix grave et posée, il articula sans remuer les lèvres :

 

« Toujours, il nous faut aimer, le mot Amour revient toujours, il se farde alors et la pupille ne se dilate plus au son de ce vocable à la résonance troglodyte. Parce que nous oublions la saveur saumâtre des sacrées trémulantes, lorsque la voix se fait cornage et que, dans le brouillard épais de l’excitation, désirs et douleurs s’émulsionnent en des juleps voluptuaires et aigrelets.

 

Enfants, il vous faut gaudir ! »

 

Il savait qu’ainsi, il leur donnerait le goût de la quête, que la curiosité les entraînerait sur des sentiers riches, périlleux et suaves. Il savait qu’ainsi, il donnerait un sens et du goût à leurs existences d’hommes endormis.

 

Tous s’observèrent, craintifs du premier geste, de la première parole, de la prime expression…

 

Du doigt, il leur désigna le sommet d’un mont somme toute raisonnable.

 

« Partez bâtir en mon nom en haut de cette colline, soyez sages dans le choix de vos matériaux ! »

 

Il se retourna, se couvrit d’un tissu épais et vulgaire et s’enfonça dans la fausse couleur d’un jour qui peine à décliner.

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05/03/2006

Le Livre XVII (complaisance douloureuse)

 

 

C’est le carnaval des cancrelats, au creux de la carcasse s’entassent vipères et autres batraciens, corbeaux, musaraignes et furets affamés.

 

 Le terrier est étroit mais le terreau y est riche. Les lombrics s’affairent avec zèle, il faut que le corridor des bronchioles soit rutilant pour accueillir de belles mucosités perlées, de celles qui charrient des petits crabes malingres et ricaneurs. Dans une toux musicale de trompette à peine bouchée, le corps sonne l’alarme.

 

 

Voyez le défilé des amibes, je ne trouve plus des yeux, le bismuth, ce lait nécessaire à la déglutition, le lait que l’on crache dont l’origine nous est encore inconnue. Né, quelque part, dans une contrée nerveuse du pancréas sans doute, ce lait aux parfums acétiques n’a jamais connu la poitrine généreuse d’une mère, juste le vinaigre taquin de protubérances solaires siégeant dans l’estomac.

 

Mes charniers sont des bourgeons intérieurs que le plus sincère des bonheurs ne saurait gommer.

 

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