12/03/2006

Le Livre XIX (Hic et Nunc)

 

Ainsi, ils sortirent leurs truelles, leurs gâches, leurs pelles…

La sueur irait nourrir les sols ocres, elle réveillerait les petites plaies du quotidien placées judicieusement. Mais ils arboraient le sourire des hommes qui s’unissent.

 

Lui, leur tourna discrètement le dos pour s’évanouir en un point anodin de l’horizon. Il leva les yeux vers le ciel :

 

« Raymond !

Raymond, s’ils savaient, s’ils pouvaient au moins comprendre et voir avec les yeux souillés par la vie de l’autre côté. Cette vie qui sent la brique humide et la pierre de briquet, la Gitane maïs, le vin d’avant l’église et la bière d’après, le cuir de leurs chaussures affrontant une herbe trop riche, les moustaches enrichies au jus de leurs ragoûts… S’ils savaient que cet endroit existe déjà, qu’il bat comme le cœur d’un homme mûr en bonne santé et qui ne se refuse aucun plaisir… Mais s’ils savaient… »

 

Il surplombait alors une banlieue d’apparence tranquille dégageant des fragrances d’huiles et de foyers heureux. Une architecture simple, peut-être même un peu laide si l’on s’en réfère aux canons des plus illustres décorateurs. Peu importe, ici ondoyaient les ventricules d’une existence à la fois bonhomme et puissante, on y disait des choses simples sans aplomb.

 

Il sortit son instrument de musique, cet hybride entre la guitare et le cithare, puis, assis sur un tronc coupé il entonna ce refrain :

 

« Elève-toi sous leurs yeux et ils t’ignoreront,

 

   Vole à eux,  du ciel, la crainte ils auront,

 

   Ecris leur l’histoire de leur vie qu’ils oublieront,

 

   Raconte leur leurs mères, ils pleureront,

 

   Evanouis-toi et toujours aveugles ils te chercheront. »

 

 

Puis, comme animé d’une transe tribale il dévala le versant de la colline en scandant son nom.

 

20:31 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.