20/02/2006

 Le Livre XVI (Le Souvenir)

Il scrutait la lune rousse à s’en décoller les rétines, des larmes alimentées à la fumée de cigarette tentaient vainement de calmer le feu qui s’était emparé de ses joues.

C’est tout de même troublant de pleurer son bonheur, de sentir que le monde vous échappe tandis que vous l’apprivoisez. De faire un avec les éléments qui nous entourent, les cubes, les sphères, les chiens ailés, les étoiles pas très filantes qui se dérobent dans l’angle des rues qui sentent un peu trop la salacité.

 

La musique s’échappait de la fenêtre en prenant par la main ses pensées vides, son crâne s’emplissait d’une image qu’il ne voulait oublier, cette image qui chaque matin est lové dans le calme qui suit la pétulance de leur amour.

 

 

 

 

Il était bien loin désormais ce cancer de l’habitude, le crabe s’est asséché lorsque la mer a cessé de vouloir céder aux marées… Mais la musique est restée, et les images se sont faites de chair. Elles portent l’odeur capiteuse d’une maharané sans patrie, dont il se plait à baiser les pieds chaque soir en signe d’allégeance.

Elle l’a guéri de ses maux ; recousu chacune de ses cicatrices et surtout lui a redonné l’usage habile de ses mains, il sacrifie chaque jour les lettres de la destruction.

 

Il la porte dans ses bras, elle est légère…

Il la porte dans ses bras, pour la mener au trône…

 

L’ancien monde noircira ses pages, comme un souvenir qui prend forme sur le papier, que l’on traite afin de mieux se dégager les bronches.

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Le Livre XV (première pierre)

 

 

Du moule, il a sorti la brique façonnée dans ce mortier aux ocres sanguines. Le matériau était encore chaud.

Il a soufflé sur la terre battue, il a balayé la surface du revers de sa main afin de la faire plus lisse. Tous le regardèrent à la fois intrigués et lassés de ses élucubrations spirituelles et verbales.

 

 

« Amis, voici venu le temps de la construction, ne nous souffrons plus de vivre cette vie. Comprenez qu’il ne s’agit pas de nomadisme mais plutôt d’une errance stérile, de questions bombardées depuis les sommets de notre ignorance.

 

Il nous faut déformer le monde, ne pas le faire à notre image, mais lui proposer les artifices de nos mains.

 

Je construis ici la Tour… »

 

Certains reprirent leurs activités banales et lassantes, l’idiot a pleuré… 

 

Alors il a commencé à écrire ceci sur le tronc des arbres :

 

« Le mortier se loge dans l’éclat de son sourire ! »

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14/02/2006

Le Livre XIV (La Chute)

 

Le feu dévore, je veux l’ulcère, jusqu’à la moelle.

Lorsque le lin des draps bourgeonne, qu’il prend de l’age à force de trop penser.

J’ai trouvé dans son cou des détours, je les ai empruntés, je m’y suis perdu, je m’y suis… Confondu. Et je m’y installe, je m’y blottis, et je m’écoule langoureusement jusqu’à ses salières dans lesquelles je me baigne.

Je respire à pleins poumons la peau de mon ondine, je veux sombrer dans le vertigo et souffrir un peu plus chaque jour de ne pas pouvoir me vêtir de sa chevelure.

 

Et je ne peux omettre ces endroits clandestins que ma main frôle toujours chaste.

 

Immaculée amante, sombre pietà, regarde mes veines tressaillir, ma poitrine se gonfler c’est la respiration tétanique du désir, l’immersion dans la syncope amoureuse…

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13/02/2006

Le Livre XIII (Le Sermon)

La maladie du ventre.

L’amanite phalloïde à éclos sous la souche noueuse de l’intestin.

De ses spores rieurs de grosses larmes anesthésiantes s’écoulent.

La maladie du ventre.

 

 

Maintenant, la main se condamne dans la glace…

Le désir à fuit vers des Afriques antiques.

La peau orpheline pousse son cri dans l’assistance muette, dans la salle vide.

 

On a su vibrer ici jadis, était-ce la même pièce ?

L’acteur principal n’est-il qu’une baderne ?

 

 

Infect personnage des terres arides !

Toi qui dois le souffle à cette chair meurtrie !

Toi qui lui dois la chaleur,

Ne pose pas cette pioche dans la blessure béante !

 

Dans ce jardin carmin,

Appose tes mots les plus doux et surtout,

Ecoute-toi, bâtard du silence !

 

De poussière tu étais redevenu poussière,

Et te voici lumière.

 

L’orphelin du centre,

Bercé aux mélodies du néant se torture encore,

De ses préoccupations égotiques.

 

S’il perdure,

Nous,

Entités de l’éther,

Nous réapparaîtrons pour le hanter à nouveau,

Et investir sa voix.

 

Mets-toi donc à genoux,

Couche-toi à ses pieds

Et jure lui fidélité et respect.

 

Infect personnage des terres arides !

Honte et culpabilité seront les garantes de ta santé mentales,

Les amantes de ton sommeil paradoxal.

 

Tu es couché,

Regarde cet homme prêt à renverser la première pelletée.

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05/02/2006

Le Livre XII (Le Corps I)

 

Parce que toujours, il nous faut apprendre…

Parce que l’on nous a dit : « l’homme est perfectible »

Et puis, nous avons tatoué dans le dos : « ton corps doit se taire »

 

Est-ce pour autant l’occasion d’entorses intellectuelles ? Non !

Il coupait les têtes pour respirer, pour plus de liberté. Alors finissons-en avec ses dislocations spectaculaires, la danse existe depuis déjà assez longtemps.

 

Il existe un instinct qu’il ne nous faut plus contenir, replonger dans le liquide tiède de la prescience, et goûter à nouveau au plaisir d’irradier.

 

Armés de nos clifoires, légèreté au front, butinons sans mesure, sans conscience de l’économie. D’érectiles gynécées ploient langoureusement sous le charme d’une main encore tremblante à la moiteur touchante. Les tensions du monde embrassent les cambrures pour des assauts chargés de râles, le fruit ainsi croqué délivre son jus épais depuis la commissure jusqu’à la naissance de la poitrine. La langue calice et chaque coup de reins est un pas vers le Graal.

 

Il nous faut pendre la retenue !

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02/02/2006

La Possession

 

Je l’ai vu tituber, tendre ses mains afin d’amortir la chute, il me regardait, ses yeux ne parlent pas, ils aboient. Ce n’est pas de la haine, ce n’est pas de la peur, il lui est juste délicat de saisir la distorsion du monde, de ce monde qui nous est occulté.

 

Dans l’obscurité obligatoire de sa chambre les visites se multiplient, le pendu du troisième, l’égorgé du trottoir d’en face, sans compter sur la vieille morte déshydratée il y a peu. Tous ceux-là viennent lui parler, mais il est un peu trop sourd et souffre d’une aphasie dite « par delà la mort ».

 

Les phrases se répètent dans son petit crâne comme des mélodies stridentes ou de lentes et vibrantes mélopées, ce petit corps ne connaît pas le repos mais juste la folle monotonie des pleurs, l’écho inquiétant d’un vagissement interne. Ballotté sur les flots furieux de juvéniles achérons, le naufrage n’aura pas lieu, condamné qu’il est, à la tempête déchirante.

 

Chaque porte poussée est l’occasion angoissante d’une rencontre avec l’autre côté du voile.

Les étoiles ? Des sagaies au service de Damoclès.

 

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