21/12/2005

Manque

J’ai dans les mains, la peur atavique de la laisser m’échapper.

J’ai dans les mains, la chaleur d’un vide que je ne sais contrôler.

Comme un péquin, mélancolique et divin, je laisse passer les heures à ronger mes désirs, des aspirations. Poser la première brique, la première flambée dans le foyer, et son rire grimpant sur les murs, chèvrefeuille libre qui me protège de mon auto-phagie.

 

Je goûte à la futilité de l’existence quand son absence résonne. Je ne sais plus me définir autrement que double. Le monde s’est lové dans ses paumes, ne me laissez pas choir, ne me laissez pas dériver ailleurs que sur les flots de ses mains. Enfermez-moi ici !

 

Durant ses errances, je suis le Samson chenu. Je suis devenu mineur en quête du matériau le plus noble

 

Où ?

Où est-elle tandis que mes interrogations me déchirent et que l’on m’offre en pâture à de simiesques robins ?

 

Elle me possède tout entier et je repense sottement à Verlaine :

 

« Green »

« Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront. […] »

 

Et puis mes quelques mots si simples :

 

Je veux ta voix entendre et libérer mes mains de ce poids tyrannique qui me mène à l’effroi.

Je veux sentir ton ventre tiraillé de douceurs, apaisé par ces mains visitées par ton manque.


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16/12/2005

Devant l'âtre...

Alors il a défait les nœuds de ses chaussures puis a soufflé.

La pluie est toujours annonciatrice de genre d’événement. Il a éteint la lumière, allumé une cigarette, les volutes s’écrasaient lourdement sur les murs de la chambre comme pour mieux signifier le vide. Il a essayé d’ouvrir la bouche mais ne le put pas. Seuls les yeux restaient ouverts, fixés sur on ne sait quoi ? 

 

Les cigarettes n’étaient pas assez longues car il fallait combler.

Alors il a enlevé ses chaussures qu’il avait lacées avec le même soin dont un enfant de 6 ans peut faire montre lors de cet exercice pour la première fois. Son application, il pouvait bien la coller au fond de son lit froid.

 

Ca lui rappelait les fois où ses parents l’oubliaient consciemment chez des tantes lointaines. Il se préparait des heures en avance, rectifiait la raie de sa coiffure, passait un chiffon humide sur les carreaux de ses lunettes, s’assurait de n’avoir rien oublié en faisant sa valise, il guettait le parvis et puis soudain, un peu comme la veille on venait lui dire :

 

« Ils ne viendront que demain, va donc un peu jouer dehors, il fait encore bon… »

 

Déjà, la musique lui tirait des larmes, toutes les histoires sont tristes quand on les écoute avec de telles oreilles. Il savait qu’on l’aimait mais il avait besoin qu’on le lui dise un peu… Un tout petit peu… On ne foule pas l’humus de la même manière quand on s’est fait croquer les pieds dans les pièges à loup.

La vie commence sans doute avant le zéro de la naissance.

 

Tiens justement, la pendule railleuse se mit à donner forme à cet abandon, c’était l’heure prévue qui revenait à lui. Mange ton Amour mon enfant et cesse de geindre !

Alors il a posé son manteau sur le dossier de la chaise et s’est assis devant le feu jusqu’au lendemain

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14/12/2005

She

Je suis rentré à pied. Il pleuvait, de cette pluie qui ne sait pas dissoudre les ronces qui s’invitent à la gorge. Ca sentait la pluie, l’eau joueuse taquinait mes arpions en profitant de l’aimable porosité de mes semelles. Ca faisait un drôle de bruit comme si j’écrasais un porc lilliputien à chacun de mes pas. Les gens avaient triste mine et ils avaient raison, les chaussettes humides c’est pénible !

 

Mes voûtes plantaires moi, je m’en fichais mais ça ne chasse pas la grisaille alors j’ai continué à marcher.

 

Et puis j’ai tourné la tête, il y avait son sourire sur le mur.

 

Ca donne envie de vivre !


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12/12/2005

Mots

Il y a; les mots que je dompte pour toi...
 
Il y a; les mots qui m'échappent pour toi...
 
Et l'assurance d'un refrain, foyer solaire logé sous le sternum, enfin quelque part sous la peau...
 
Seuls moments durant lesquels, j'accepte que mon corps s'abandonne.

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Le Sacre du Tympan

Dans ton regard effrayé, sur ta pupille transie, à l’orée de ton iris pétrifié. Le nouveau monde des hommes, le microcosme des gonzes, se fait geyser puant, gerbe abjecte, le torrent a quitté son lit pour s’allier à la fange, grossir les rangs de la lie, fesses chargées aux fèces, le corridor s’endort dans la tiédeur d’haleines nidoreuses.

 

C’est la décomposition, les stigmates d’un monde qui ne fait que vieillir. Les ongles  rognent les joints des couloirs pour gagner la respiration, on se laisse étreindre par l’anhélation et, dans ce bain de sueur, dans ce baptême moite, dans cette conche à l’écume glutineuse, les râles fébriles, les chants frénétiques d’une chorale de diables vulgaires aux râbles lourds d’une existence belliqueuse, d’un ballet foireux, d’entrechats convulsifs.

 

Le sacre du printemps se fane au passage du fiacre d’une saison pouacre et sans espoir. 



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10/12/2005

Horizon

Tu prends les choses trop au sérieux,

Et, dans les serres de tes cheveux,

Tu joues les hackers,

Cet horizon que tu connais par cœur,

Que bouffent les puces des hérissons,

Lâche un peu tes rancœurs,

 Tu veux ?

 

A chialer ainsi sur tes lendemains,

D’autres se feront haleine de ton chien,

Les baleines de ton soutien,

Baillent en découvrant tes seins.

 

Ce don d’organe,

Cette greffe de rien,

Enchante les poètes absurdes du petit jour,

Les rudes ouvriers un peu balourds,

Qui pissent sur leurs mains

Pour en chasser la foi.

 

Un peu gourds,

Un peu sourds,

Ils hurlent des passions,

Et regardent le scion,

Plier sous les attaques,

De poissons matraques,

 

Les moissons patraques,

D’un automne velours,

Tandis que les vautours

Ont accordé leurs arcs.

 

Quelles sont gaies les sagaies,

Qui s’agitent goguenardes,

Goulu galimatias,

Gallinacé gourmand,

Tu grignotes les vers.

 

Les lombrics ont quitté la terre,

Confrontés au mystère,

De la lecture du marc,

C’est l’amertume du lard.

 

La chair est triste hélas.


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08/12/2005

Ma Lectrice

Dans ces petites mains d’ouvrière du verbe le livre se laissait faire, tel un chat qui mime le désintéressement tandis que sa jolie maîtresse le couvre de caresses. Ce même livre cachait son visage, je regardais alors sa poitrine se gonfler puis se comprimer au rythme de sa lecture. Elle a libéré les mots, les déchargeant de leur sens pour les vêtir d’images, leur apporter les nuances qui devraient être les leurs. Je les observais se tordre de plaisir dans l’air chaud de notre nid.

 

Elle a posé le livre m’adressant un sourire comme pour me demander si je saisissais la substantifique moelle de ce message. Je sentais bien qu’il se passait quelque chose… J’ai fait un signe de la tête, complice, pour consentir. Mais pleinement frappé par les vibrations qui émanaient de son corps. La voix peut porter ce que maintes religions tentèrent de véhiculer.

 

Nous n’étions plus de ce monde, invités au bal simple des mots.

Le hasard m’a convié ici, en face de toi, le grain de ma peau est devenu sensible au son de ta bouche, aux rayons de tes yeux, à l’odeur de ton derme, à tes pensées inscrutables, tes désirs teintés de charme. Le défilé de ton être s’écoulait avec grâce, j’y goûtais sans aucune mesure, en héros mythique libéré. Est-ce cela, le fruit défendu ? La compréhension silencieuse ? L’harmonie qui rayonne sans l’aveuglement de la fusion?

 

Relis-moi encore ces mots avec ta poitrine ! Que mes mains brûlantes tremblent, résignées dans la patience de t’étreindre ! Offre-moi encore ta voix, ô ma divine anagnoste ! Que je succombe interdit à la succulence de ton chant. 


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05/12/2005

Une simple respiration

Je suis pas un original !

Je suis pas atypique !

Je suis content d’être devenu un homme !

 

J’ai envie d’assiettes de quotidien !

D’évasion entre quatre yeux,

De mains froides dans mes mains chaudes,

D’attentes alimentées aux angoisses futiles,

 

 

Envie de me dire que c’est trop petit ici !

Que les journées ne sont pas assez longues

De  goûter à l’exotisme de mes textes anciens !

 

De respirer sans entrave,

De respirer,

Longtemps !  



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