21/11/2005

Malaise vendéen

J’étais un solitaire. Je squattais un trou, un endroit inviolé, interdit. Les badauds traînaient parfois leurs croquenots sur mes terres sans me voir. Il leur arrivait de lire quelques-uns des messages que je gravais sur l’écorce des boulots.

 

Mais j’étais seul, je mimais la parole, je ne voulais que fondre, fondre pour gagner l’invisibilité, fondre pour obliger l’oubli à me dévorer et puis fouler du pied la fosse commune.

 

« Ne vous dérangez pas, je vais crever ici, mais surtout ne dites rien à personne si jamais vous m’avez vu ! »

 

Je marchais sur les ombres, j’implorais le jour de garder sa lumière, je brisais les miroirs en fermant mes paupières, devenant difforme, en changeant de silhouette pour perdre le souvenir, d’un « je » que l’on avait façonné pour moi. J’étais honte et dégoût, artifice vulgaire, chien galeux,  enterré le sourire dans un château de sable qu’on avait façonné sur une de ces plages trop longues, des ces plages trop vendéennes, plages propices à l’abandon.

 

J’y ai appris la peur et la force du cri qui s’éteint sans écho. Parce que, même à 8 ans, avec un petit maillot de bain trop serré, on sait envisager l’angoisse, la grisaille sournoise des nuages, cotons hydrophiles gonflés  au chloroforme.

Je me revois, empoigner ma pelle en plastique et porter à ma bouche de belles bouchées de sable ! Se familiariser avec l’étouffement, dès l’aube, enfant vertical, petite erreur dans l’horizontalité d’un monde à peine vivant.

T’en souviens t’il de l’odeur de la vase ?

 

Tu as grandi, pour faire semblant de devenir ce qu’il voulait bien voir ! Tu es un mensonge articulé, alors tu as fuit, tu as poussé ton rocher…

 

Epuisé, devant la porte tu t’es affalé !

Et tu as regardé par l’huis dans un ultime espoir.

 

Elle était là !

 

Pose ton exuvie.

 

Tu viens de naître bonhomme !


21:41 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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