09/11/2005

Emois et Camées

Alphonse s’est assis, il avait sorti quelque chose de sa poche.

« C’est un camée ! » qu’il nous a dit.

Incrusté dans le bijou, il y avait un portrait de femme, drôlement belle d’ailleurs, le genre de femme qu’on aimerait embrasser si un jour on revient et que le monde existe encore.

Il s’est mis à lever les yeux vers le ciel.

 

Avant qu’on parte pour je ne sais où on est tous allés au bordel pour rire une dernière fois peut-être. On en a croqué de la « Lulu la Nantaise » de la « Ninon la Gourmande » de la « Mimi la douce », lui, Alphonse, il n’avait fait que siroter pépère sa petite bière…

Nous, on était saouls comme des Polonais, on en a dit des conneries !

C’est la fois où Baptiste est sorti de la piaule à peine habillé en s’écriant :

« C’est une vraie tortue celle-là ! Une fois qu’elle est sur le dos, elle sait plus rien faire ! »

C’est dans ce lieu que j’ai aussi appris à ne plus tomber amoureux de la première venue.

 

Tout est devenu plus calme autour d’Alphonse, je me suis approché de lui. J’avais presque envie de croire à une sorte de paix, sauf que ses mains se sont mises à devenir veineuses. Et puis il a murmuré :

 

« J’en ai assez de vos gueules cassées, j’ai laissé ma vie dans une chambre en bois. Je vous ai suivis comme ça, comme une hirondelle rejoint ses sœurs sur un fil électrique, c’était grisant. Maintenant, je voudrais m’enfermer dans une boîte en chêne avec cette femme et me laisser bercer par les racines des ifs. »

 

J’avoue, j’ai pas très bien compris ! J’ai mis ça sur le compte de l’épuisement et sur la toxicité de l’air qu’on respirait depuis des lustres. Mais quand même ! Y’avait de la profondeur dans les phrases du bonhomme.

J’avais les doigts gourds et la paupière grinçante. Personne ne m’attend nulle part me suis-je dit ! Je me suis mis à piétiner, à faire des cercles en crachant de la buée avec mes narines, j’oubliais petit à petit les arbres banderilleros.



18:39 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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