01/08/2005

Sur le canapé

Le luxe du canapé tranche avec le vide de la pièce. Elle rumine dans son corps léger, elle est ivre des pensées qui se sont installées dans son crâne. Elle veut juste subir le vent, se courber, ployer pour ne pas céder. Elle se rappelle cette journée, du quotidien obscur, des absurdes répétitions de la vie, cette sorte de bégaiement de Saturne.Les amertumes du jour que l’on tente d’effacer dans la chaleur d’un pull douillet.Moi, invisible dans l’ombre d’un coin de pièce, dégageant d’énormes volutes, je la regarde. Une fine pluie jaune s’abat sur la ville, en sourdine, sur les trottoirs vierges. Ce soir la foule reste chez elle, ce soir c’est la fête autour du feu, pour tous, même dans les foyers, même dans les morgues, partout… Partout, sauf chez elle. D’ailleurs chez elle… Ce n’est pas ici, ce n’est pas ailleurs non plus, parce qu’elle s’est désincarnée, parce qu’elle doit mentir pour survivre, aussi froide que la surface d’un miroir.Moi, je suis mort dans mon coin, elle ne sait pas que je la regarde, je découvre que je lui manque, elle découvre ça aussi… Que je lui manque.Parfois, elle voudrait me rejoindre. Elle se lave les mains, passe de l’eau froide sur la glace, passe par la cuisine et fixe le grand couteau. Je souffle sur sa nuque et entame un chant, une vieille ballade qu’elle aimait tant. Elle s’explique cette hallucination avec la fatigue.Pour m’oublier, elle passe des journées lourdes de rencontres, elle se perd en se mêlant au monde, elle n’est plus tout à fait elle même. Car elle est douce, elle est fragile, elle est tendre.Elle ouvre la porte de l’armoire et prend un somnifère.« Tu me manques »Elle s’endort, je vais l’embrasser en pleurant un peu.A demain.

18:06 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

... écoute....

elle ne t'entend pas?

Écrit par : Mil | 03/08/2005

Allongée sur la terrasse.. Aujourd'hui, elle s'est allongée sur la terrasse. Je reste là à l'observer, elle qui ne peut me voir. Je tente de lui glisser quelques mots, elle, qui ne m'entend pas.. Elle se croit seule.






- Venise flambe. Et toi ?
- Le néant.
- Les feux se déchirent, tu vois ?
- A ton étoile, toi devant. Je lève les yeux, toi devant.
- La Toscane brûle, tu ne vois pas ?
- Je suis allongée sur les pierres d'une terrasse. Le jour me fait sourire. Regarde cette flaque, c'est un peu comme un parfum placebo.
- Mon corps s'écharde, à t'entendre. Tu ne m'entends donc pas ? Là-haut.
- Ma peau se baigne d'huiles de beauté. Il fait beau aujourd'hui, je vais lire un peu.
- Et si je m'agenouille, au pied de ta féminité, et si je te réclame, tu me vois ?
- Non, ne m'en veux pas, la clarté est douce, il m'en faut si peu.
- ... mais si je brûle, moi, que ferais-tu ?
- La clarté est douce, et je porte une robe en lin. Il fait bon, sais-tu.
- Alors, il me reste à visiter mon septembre ce tombeau, mon cimetière et sa Venise.
- C'est déjà le soir, et je n'ai pas fini mon livre. Je vais attendre le jour, assise.
- Au revoir.
- A demain. A demain, ... je t'apporterai des orchidées. Tu les aimais tant, ... tu es vivant, je dois y croire.

Écrit par : NoMorgan | 06/10/2005

Les commentaires sont fermés.