31/07/2005

"R"

Petit, je tentais de capturer l’air de mes mains de peur un jour d’en manquer. Je pensais jusqu’alors que l’idée d’étouffer me hantait. Mais, en vieillissant et au fil de mes aventures je découvris une toute autre raison. Il est des spectres qui n’ont rien d’effrayant et qui erre dans les parcs dénudés, au petit matin, donnant ainsi cette impression que les toiles de Watteau se mettent à bouger, un retardataire qui n’a pas su trouver le chemin des fêtes galantes. Il est bon de respirer cet air froid, de se chausser avec le brouillard qui se dérobe progressivement. Dans le parc donc, sous les regards séculaires de quelques grands ifs, je fouille la rosée, je déchire silencieusement la brume de mes doigts encore endormis car je suis sûr d’avoir aperçu une émouvante tâche rouge dans ce tableau livide, je n’ai pas senti l’odeur excitante d’une coulée de sang, juste une tache rouge éthérée, vaporeuse, une silhouette indéfinie à l’aura pourpre, laissant à son passage des traînées carmines dévorées petit à petit par la lumière.Je me fais héros de lai, pion viril jouet d’une entité magique peut-être résidente d’un quelconque panthéon. Nues coupées par des sourires, sorte de sphinx taquins surs d’avoir gagné une bataille. Un chant à la pureté interlope envahit mon esprit, je suis contraint alors à la position fœtale, là sur l’herbe humide. Ca sent le monde, ça sent la terre, c’est enivrant et je sais que je ne suis pas seul.Toi, habitante de l’air, qui se joue de notre verbe.Je me fais Vierge marri,Je joue avec cet alphabet,Pour cacher ton nom.

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30/07/2005

Mi La Re Sol Si Mi

Il y a, dans les toiles de Munch, des demoiselles couronnées par la lune, à l’orée d’un bois, sur les rives d’un lac.

Il y a dans notre monde des femmes qui se sont perdues, qui ont mordu leurs oreillers, parfois par plaisir, trop peu… Le plus souvent pour étouffer une angoisse ou retirer la crasse d’une paume qui s’est posée sur leur joue. M.s’est endormie sur le banc d’un square, en fait l’épuisement l’a obligée à cesser son errance. Côtoyer la fatigue autorise l’oubli de soi, de sa condition malheureuse, la fatigue autorise aussi l’orgueil mais pas l’abandon. M. trimballe avec elle un baluchon, le poids d’une existence illogique et le temps a frappé comme les marteaux d’une imprimante sur ses paupières de poupée.

 

Elle a usé son temps en croquant des vésicules et, c’est avec le fiel dans la bouche qu’elle a su bravé les vents les plus douloureux, les plus ironiques, les alizés les plus tragiques à croire que le repos ne réside que dans l’achèvement, au bout du chemin, au terme de l’ultime respiration, que le corps semble dire : « merci ».

 

M. a su déchirer les dernières pages du livre pour réécrire son histoire, repousser cette main qui tenait sa nuque au fond de l’eau. Elle a su dire « merde » aux architectes de notre monde et réajuster les côtes

 

Un corbeau obèse a quitté son perchoir depuis la tour pour baiser le cou de M.

 

Et la vie continue.

Ou plutôt…

 

La vie commence enfin…


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28/07/2005

Jesus

Voilà bien longtemps que j’arpente ce chemin terreux sans jamais poser mes valises, que le jour ne se lève jamais, sans doute pour mon plus grand bien, que je me crève les rétines dans un monde d’encre, que, finalement, petit à petit, je ferme les portes autour de moi. Je croise parfois des pèlerins, des gens de mon acabit, des borgnes. A voyager seul, on apprend à n’aimer que soi, ou plutôt à n’écouter que notre voix.

J’étouffe dans cette forêt urbaine aux émanations oxydées, aux racines armées… L’homme qui traîne apprend à devenir fier, il alimente son orgueil avec de quotidiennes boues…

 

Il est là, dans la clairière et se meut dans quelques pas de danse, une danse à la fois étrange et primaire. Oui, c’est sans doute un homme premier, un homme qui sait encore se laisser traverser par les flux du monde, c’est un homme de la transe hédoniste, il entend… Il entend mieux que nous autres.

Il lui manque un organe, il y a un trou, là, dans son corps végétal, une grosse larme et, elle est si visible, assumée que cela me transporte. La cavité luit comme une icône orthodoxe et m’aspire, j’y entrevois des scènes d’une violence ineffable et cela me happe, m’envoûte, me dévore.

 

Je veux poser ici une main vulnéraire, je suis un mastic pudique, je suis une embrassade franche, je n’ai pas peur de toucher son écorce et le gui de sa pilosité.

Demeure un problème tristement humain. Je suis un atrophié, le muscle qui rôde dans ma fosse à venin, là, sous le palais, ce muscle n’est plus, il ne fait que choir comme un steak avarié.

 

Il sait se repaître de mes silences, vagues charriant la sincérité de mon élan. Offre-moi ta paume, en y déposant mon pouce nous serons témoins d’une farouche éclosion car l’art naît dans la main des hommes, les doigts sont nos plus nobles outils.

 

Je sais entendre ton hurlement qui déchire la nuit pailletée et qui me guide, qui me donne le souffle nécessaire, qui engage mon pied droit à passer devant le gauche.

Ici, tout mon corps se déverse, en un flot bavard mais emprunt d’une vierge vérité.


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25/07/2005

La Nouvelle Bible

Elle tousse, réfugiée sous une voiture encore chaude, dans une mare d’eau, de carburant, de poussière de bakélite. Toute la journée, elle a erré dans les axes de la ville, elle n’a fait que regarder le monde qui s’anime et qui se refuse à elle. Il lui a fallu marcher, pour s’épuiser, ne pas trop s’attarder pour ne pas susciter l’intérêt. Que les journées passent et qu’elle se rapproche un peu plus du dernier râle. Les chaussures foulent l’asphalte, pas plus impersonnelles que les yeux, que les cavités qui trônent sous les fronts. Elle absorbe l’air vicié et poussiéreux parcourue par des crampes, mais surtout elle veut rester dans le silence et ne plus subir le monde qui l’entoure. Elle a encore dans sa poche cette forme humide et grasse dont elle frôle les aspérités de ses doigts gourds. La pauvre petite tête, ses petites lèvres ourlées qu’elle sait encore bleutées, ce petit nez sans os déjà investi par des insectes fouineurs. Elle pleure en passant sa paume calleuse sur la peau tendre de cette petite poupée qui n’a eu que quelques heures de souffle.Elle ne se souvient pas d’avoir connu l’amour, il faut donc croire que Marie ait été victime d’un viol. Petit Jésus prématuré, marsupial étouffé dont le prêche n’a pas duré l’espace d’un cri. Il n’y aura pas d’église érigée en son nom, pas même un chant mais juste l’amour maternel mort-néElle tousse et ferme les yeux pour ne prononcer que ce simple mot :« Amen ! »

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22/07/2005

Orgueil

Il y a ceux qui ont des émois et il y a ceux qui ont des "et moi et moi".

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05/07/2005

Saint-Ouen

Tu souris gadjo, tu arbores tes dents en or payées avec la nacre de ton accordéon défunt. Tu te marres parce que tu es ivre mais tu es foutrement triste au fond, au fond, ça veut dire dans l’arrière-salle de tes entrailles, là où ça sent le fiel et un peu l’acétone aussi. Tu souris gadjo mais tu as la victoire amère, être guéri de cette maladie c’est donner pleine force à l’habitude. Tu te croyais amoureux, encore une fois tu avais cru aimer et tu viens de comprendre qu’aujourd’hui tu bouffes une soupe au bon goût de lassitude. Dans ce rade qui sent le torchon humide dans lequel des turfistes aux arômes de Gauloises brunes troquent à prix forts des tuyaux percés, tu te saoules pour oublier qu’en fin de compte tu es un monstre ! Tu es bien plus affreux vu de l’intérieur car tu sais tout oublier et pour trouver un pardon factice, tu plonges ton tarin dans des ballons de rouge trop verts, dans des choppes de bière que ton orgueil évente, dans des liqueurs aussi doucereuses que tes mots d’amour trop vite dispensés.

 

Tu es triste au fond car tu as compris que l’amour n’est en fait qu’un phénomène ponctuel. Tu souris gadjo mais, tandis que tu regardes ce gosse en bermuda, tes yeux se mouillent, c’est pas tant que tu l’imagines rapportant des clopes à son père cancéreux mais plutôt que tu te rappelles ta douce naïveté. C’est moche de constater sa monstruosité. Tu n’es qu’un narvalo. Petit à petit, ta face de moustachu fainéant se rapproche de la table en formica parce que tu te fanes. Finalement, l’utopie est une sorte de sève et toi, gadjo, tu es devenu une fleur séchée, une fleur déchet.

 

Pour boire ainsi jusqu’à plus soif, t’as chouraves des larfeuils station Pasteur puis t’es rentré à Saint-Ouen au P.M.U. pour chercher l’oubli. T’as 30 ans, t’as pas toutes tes dents et tu sais déjà que tu seras pas amoureux, enfin si, quelques jours, un peu comme la dernière fois. Tous ces gens qui causent en même temps parce qu’ils ont besoin de parler et pas d’écouter, ça te rassure, ça cache, ça couvre ta voix intérieure. Le mieux pour pas parler c’est encore d’avoir la bouche pleine alors tu picoles, tu travailles ton teint au vin du pays de l’Aude. L’alcool désaltère un court instant, c’est bénéfique sur une courte durée c’est comme quand tu aimes. Ah ! Ça t’emmerde l’aspect éphémère de tes tourments. T’es tombé dans le tumulte quand tu étais petit. Pour te reposer tu regardes la télé, pas l’image qui bouge dedans, tu vomirais ! Non, tu dikaves le cleps en porcelaine genre « Lassie chien fidèle », c’est moche, c’est comme chez la mère à Titi, tu te demandes d’ailleurs combien d’exemplaires de cette merde t’as vendu à des retraités de la Poste au puces de Saint-Ouen. Ta vie n’a pas de liant, c’est que des moments figés que tu enfiles comme les perles d’un collier et, entre chaque perle le vide pesant de ce constat :

 

« Habitude et lassitude édulcorent mes passions ! »

 

Tu seras jamais un enthousiaste gadjo, tu réfléchis toujours avec un miroir et tu vois pas plus loin que le bout de ton nez, même s’il est long ça fait pas beaucoup. Depuis deux plombes tu t’évertues à te cuiter et tu te demandes si tu refoules autant que ton voisins aux babines hypertrophiées, violacées, gercées, veineuses, c’est d’ailleurs pas des lèvres c’est des varices !

 

Tu souris gadjo, parce que l’espace d’une minute tu as oublié de penser à toi, mais c’est fini !

Sors de ta carcasse et regarde toi encore, tu crois que tu t’habitueras à ça ?





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03/07/2005

Asylum

Ce n’est pas vraiment que je ne pouvais pas, c’est que je ne voulais plus parler. J’avais cru comprendre que les mots étaient tous sales, pour me punir encore plus, ils me souillaient de leur lumière blanche. J’ai dû apprendre à devenir sourd pour ne pas devenir comme eux.

Leurs yeux caves, aquariums hantés et leur langage sans fioritures. Dans le couloir, assis sur une chaise inconfortable, dans ma blouse virginale je me demandais pourquoi. Le silence est-il à ce point suspect ?

Il y avait cet homme avec sa balle rouge qu’il pressait comme un démiurge mécontent de son travail, il se levait pour pousser un cri, il devait lui aussi avoir mal d’exister. J’aurais aimé me lever et courir, fuir cette cour des miracles, mais j’étais devenu un cul-de-jatte gangrené par le valium. Ils m’avaient abattu tandis que j’agonisais sur le sol froid, à croire qu’ils ne se préoccupent que des proies futiles et acquises. Dans cette cité sans logique, il n’y a plus de place pour les repères. Le temps se déforme, l’espace se répète afin que l’on se perde, c’est un milieu existentiel :

 

« Deviens ce que tu es. On nous apprend à devenir dingues. »

 

Il ne faut pas sombrer, ne pas céder à la fatigue et à la lassitude, je n’ai pas craqué mais n’en suis pas sorti plus fort. Aujourd’hui encore le son de leurs machines et le parfum de l’éther me condamnent à l’angoisse. Chaque salle des pavillons devenait stand de foire, le burlesque emprunte une dimension angoissante, tout est fait pour nous rendre dépendants. Ma victoire est amère car la plaie ne s’est jamais refermée et je sais que je suis encore faible. Je redoute les moments où mes yeux se perdent, j’ai peur que mon regard m’échappe.

 

Aujourd’hui encore, je ne suis pas encore sûr d’être moi.

 

illustration: Eugene Delacroix, Tasso in the Insane Asylum, 1839



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Le Moi Tellurique

La tempête rageait et comme d’habitude je bravais les éléments sur le ponton du port. Poumons ouverts, menton dressé presque fier, j’attendais en homme vaniteux que la crainte me déchire. Elle se dessinait, se paraît d’embruns, elle prenait la forme de mes traumatismes d’enfant. Puis chevauchant telle une Valkyrie les vents violents de la mer elle s’enroule lascivement pour me dévorer.

J’ai posé mes paumes sur mes oreilles pour ne pas m’échapper mais déjà je n’avais plus de mains. Les écoutes claquent sur les mats, je me résorbe, mon extérieur se dirige vers ma centralité en un point pour devenir néant.

Aujourd’hui je suis jaunâtre, coulée de bave s’échappant de la bajoue d’un dog, je suis varech, c’était pénible cette verticalité assujettie à la loi de la gravité.

Ectoplasme qui a cédé à la tyrannie des hectopascals, je goûte enfin à l’ubiquité physique, je suis ici mais je puis aussi me voir en face, je côtoie la drège, je flotte avec les postillons des crabes, je suis pulvérisé, amas de particules indépendantes, finies les exigences de la figuration physique, on ne peut plus dire :

 

« Tiens, tu ressembles à un sac. »

 

Non, je ne ressemble plus à rien puisque je suis ici et là, que je suis cette masse mousseuse mais aussi ce truc visqueux et spongieux qui va s’écraser sur le mur de la jetée. La consistance de la chair c’était chiant, je suis devenu l’écume qui trône mais je suis aussi l’insignifiance chimique, j’ai des contours lâches, je peux enfin sortir de moi tout en restant moi puisque je suis là et ici, puisque je suis tout en me voyant aussi en face.

 

Je suis la protubérance d’un rien liquide issue d’un canal lacrymal marin, je n’ai jamais été décrit puisque jamais vécu, la sauvagerie des intestins cravaches, le cri revêche aux intonations sévères, je suis devenu ce que j’ai toujours écrit, une conscience vomie, déposée là sur le sol, une danse molle de mots, la transe d’un démon en si bémol, on m’a proposé de n’être que cela, de la mousse sale et c’est plus propre que d’être une peau morte, le cloporte avait déjà été choisi, la bipédie et son administration sans lune me fatiguait, vive la mousse, vive le varech, vive l’écume, vive le corps libre.

 

Moi difracté, passé par le brumisateur pour une fusion, pour connaître l’osmose avec le vide du monde. De mes transes shamaniques j’apprends à jouir de ma liaison avec le cosmos. Je suis devenu poreux, l’humidité ambiante me nourrit, je me gorge de cette suavité, je suis aussi la naissance d’une éponge. Je plante mes doigts dans la terre, ongles racines, je m’accouple à chaque étage, à chaque state, éjaculation phréatique. Je bouffe de grandes pelletés de glaise et je suis autophage, je suce les petits cailloux métacarpes. Sèves, onguents sensuels qui comblent mes rifts, l’acidité du monde, pellicules dans mes cheveux, chaleur et feu, home héliotrope, petite phalène naissant la tête vers l’orient, courbant l’échine, occis en occident. Je suis le monde et je ne me lasse jamais de mon existence cyclique.

 

La parole est une punition pour nous lier à l’inexactitude alors le corps parle, enfonçant son pistil dans des calices mûrs, des pétales comme des muqueuses gonflées de désirs. Il n’y a plus de voile entre la réalité et ma réalité.


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Heurte me!

Elle nous souffrait plus l’haleine chargée d’acétone de ses amants prédigérés. Il lui fallait pourrir à un autre air, fini l’épisode du stupre dévoreur, fini l’aliénation consciente, la candeur est parfois inaltérable même sous les assauts juvéniles d’une partie de cul carnassière. Devenue geôle d’enzymes utérins elle poussait la porte pour goûter à un extérieur tout aussi vicieux. Les exhalaisons de l’asphalte moite, autant de mains perverses s’agrippant aux chevilles, l’œil charbonneux, souligné par le dégoût de son propre corps elle prononça ces mots : - « So what »Jambes félines découpant une atmosphère acide, talons marquant le sol d’une empreinte douloureuse, elle savait le temps venu, les ocres de la vie ferreuse s’invitant avec violence dans ses poumons étranglés.Il avait en lui l’image gravée de sa poitrine haute se gonflant sous les invectives d’une respiration anarchique, la saisir de ses mains calleuses c’était signer en bas de la page et devenir l’objet de son auto destruction, il voulait juste en sentir le poids comme l’origine d’une vie encore mal vécue. Croquer ses lèvres ourlées et puis non! Et puis où était elle? Il la savait juste en danger, en proie au tyran gisant dans ses entrailles. Le monde vilain qui scrute de ses yeux globuleux, le monde batracien aux yeux véreux, le monde qui se plaît à perdre ses enfants, les prenant par la main et poussant sur la nuque pour leur coller le nez au bord de la lunette.Depuis longtemps elle avait tout rendu et lui se lassait de n’avoir rien vécu. Elle l’aimait plus que tout dans des suffocations animales et lui l’aimait tout autant à s’en être crevé les yeux. Elle peinait en gravissant les marches qui menaient aux sommets de la villes, une sueur sirupeuse s’écoulant depuis ses aisselles échauffées, une sueur à la chimie quasi originelle, une transpiration dont le bouquet invite à la dépense libidineuse et à la mort. En se devinant ainsi, elle perçu un peu plus le dégoût de son métabolisme. Une pluie tiède aux parfums de lit souillé tombait alors sur la ville. La ville, ce vagin investi par des inconnus baveux, à la flore aigrelette, elle se sentait poupée russe, issue et prisonnière des eaux de notre origine. Son pantalon trop pr`s du corps lui rappelait d’ailleurs la source de son mal-être, l’entrejambes est un miasme tétanique, l’entrejambes est le centre du monde, l’entrejambes nous dévore et nous hante, nous ne sommes que des entrejambes. Les autres, hommes et femmes, la croisaient et masquaient difficilement leur attirance, envie subite de poser les doigts sur son genou, de remonter le long de la cuisse pour enfin se brûler. Elle marchait plus vite, laissant derrière elle de grandes traînées de lumière, celle des réverbères. Des larmes sans expression ayant peine à se mêler au mascara déjà entamé.Pourquoi cette image de nymphe lubrique? Le monde se cambre à son passage, le bas-ventre en foire, trop de salive, les abdominaux exténués par des stimuli devenus honteux. Les serpents tortueux de sa crinière, tentateurs indépendants et elle devient cible des fantasmes les plus abjects… Goûter quelques secondes à la liberté que le vide peut offrir. Oublier la masse qu’on charrie, le tas de viande qui turlupine. Depuis longtemps le piège s’est refermé mais elle était parvenue à en sortir juste blessée pour se terminer seule’Et lui perdait un membre chaque heure passée sans elle. Il sentait le goémon tripier se rependre par delà le péritoine. Sa voix martelée par la peur, les stridulations des crissements de pneus, refuser de la recueillir morte, il avait dans sa poche de quoi se recouper la gorge, laisser s’envoler les mots de Pandore.

00:48 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |