31/07/2005

"R"

Petit, je tentais de capturer l’air de mes mains de peur un jour d’en manquer. Je pensais jusqu’alors que l’idée d’étouffer me hantait. Mais, en vieillissant et au fil de mes aventures je découvris une toute autre raison. Il est des spectres qui n’ont rien d’effrayant et qui erre dans les parcs dénudés, au petit matin, donnant ainsi cette impression que les toiles de Watteau se mettent à bouger, un retardataire qui n’a pas su trouver le chemin des fêtes galantes. Il est bon de respirer cet air froid, de se chausser avec le brouillard qui se dérobe progressivement. Dans le parc donc, sous les regards séculaires de quelques grands ifs, je fouille la rosée, je déchire silencieusement la brume de mes doigts encore endormis car je suis sûr d’avoir aperçu une émouvante tâche rouge dans ce tableau livide, je n’ai pas senti l’odeur excitante d’une coulée de sang, juste une tache rouge éthérée, vaporeuse, une silhouette indéfinie à l’aura pourpre, laissant à son passage des traînées carmines dévorées petit à petit par la lumière.Je me fais héros de lai, pion viril jouet d’une entité magique peut-être résidente d’un quelconque panthéon. Nues coupées par des sourires, sorte de sphinx taquins surs d’avoir gagné une bataille. Un chant à la pureté interlope envahit mon esprit, je suis contraint alors à la position fœtale, là sur l’herbe humide. Ca sent le monde, ça sent la terre, c’est enivrant et je sais que je ne suis pas seul.Toi, habitante de l’air, qui se joue de notre verbe.Je me fais Vierge marri,Je joue avec cet alphabet,Pour cacher ton nom.

16:57 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.