28/07/2005

Jesus

Voilà bien longtemps que j’arpente ce chemin terreux sans jamais poser mes valises, que le jour ne se lève jamais, sans doute pour mon plus grand bien, que je me crève les rétines dans un monde d’encre, que, finalement, petit à petit, je ferme les portes autour de moi. Je croise parfois des pèlerins, des gens de mon acabit, des borgnes. A voyager seul, on apprend à n’aimer que soi, ou plutôt à n’écouter que notre voix.

J’étouffe dans cette forêt urbaine aux émanations oxydées, aux racines armées… L’homme qui traîne apprend à devenir fier, il alimente son orgueil avec de quotidiennes boues…

 

Il est là, dans la clairière et se meut dans quelques pas de danse, une danse à la fois étrange et primaire. Oui, c’est sans doute un homme premier, un homme qui sait encore se laisser traverser par les flux du monde, c’est un homme de la transe hédoniste, il entend… Il entend mieux que nous autres.

Il lui manque un organe, il y a un trou, là, dans son corps végétal, une grosse larme et, elle est si visible, assumée que cela me transporte. La cavité luit comme une icône orthodoxe et m’aspire, j’y entrevois des scènes d’une violence ineffable et cela me happe, m’envoûte, me dévore.

 

Je veux poser ici une main vulnéraire, je suis un mastic pudique, je suis une embrassade franche, je n’ai pas peur de toucher son écorce et le gui de sa pilosité.

Demeure un problème tristement humain. Je suis un atrophié, le muscle qui rôde dans ma fosse à venin, là, sous le palais, ce muscle n’est plus, il ne fait que choir comme un steak avarié.

 

Il sait se repaître de mes silences, vagues charriant la sincérité de mon élan. Offre-moi ta paume, en y déposant mon pouce nous serons témoins d’une farouche éclosion car l’art naît dans la main des hommes, les doigts sont nos plus nobles outils.

 

Je sais entendre ton hurlement qui déchire la nuit pailletée et qui me guide, qui me donne le souffle nécessaire, qui engage mon pied droit à passer devant le gauche.

Ici, tout mon corps se déverse, en un flot bavard mais emprunt d’une vierge vérité.


18:18 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

je te prête mes cheveux pour lui laver les pieds... mais lui caresser le jonc, ça non!!!

Écrit par : Mary Madelaine | 29/07/2005

J'en ais ... ... chialer dans mon Grall, merde !

Écrit par : Djaisus | 31/07/2005

pardonnez pardonnez Djaisus pour ces fautes, il s'en repentira, puis viendra me baiser (les cheveux) comme à chaque fois... tous les mêmes...

Écrit par : Maria Badeleina | 03/08/2005

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