05/07/2005

Saint-Ouen

Tu souris gadjo, tu arbores tes dents en or payées avec la nacre de ton accordéon défunt. Tu te marres parce que tu es ivre mais tu es foutrement triste au fond, au fond, ça veut dire dans l’arrière-salle de tes entrailles, là où ça sent le fiel et un peu l’acétone aussi. Tu souris gadjo mais tu as la victoire amère, être guéri de cette maladie c’est donner pleine force à l’habitude. Tu te croyais amoureux, encore une fois tu avais cru aimer et tu viens de comprendre qu’aujourd’hui tu bouffes une soupe au bon goût de lassitude. Dans ce rade qui sent le torchon humide dans lequel des turfistes aux arômes de Gauloises brunes troquent à prix forts des tuyaux percés, tu te saoules pour oublier qu’en fin de compte tu es un monstre ! Tu es bien plus affreux vu de l’intérieur car tu sais tout oublier et pour trouver un pardon factice, tu plonges ton tarin dans des ballons de rouge trop verts, dans des choppes de bière que ton orgueil évente, dans des liqueurs aussi doucereuses que tes mots d’amour trop vite dispensés.

 

Tu es triste au fond car tu as compris que l’amour n’est en fait qu’un phénomène ponctuel. Tu souris gadjo mais, tandis que tu regardes ce gosse en bermuda, tes yeux se mouillent, c’est pas tant que tu l’imagines rapportant des clopes à son père cancéreux mais plutôt que tu te rappelles ta douce naïveté. C’est moche de constater sa monstruosité. Tu n’es qu’un narvalo. Petit à petit, ta face de moustachu fainéant se rapproche de la table en formica parce que tu te fanes. Finalement, l’utopie est une sorte de sève et toi, gadjo, tu es devenu une fleur séchée, une fleur déchet.

 

Pour boire ainsi jusqu’à plus soif, t’as chouraves des larfeuils station Pasteur puis t’es rentré à Saint-Ouen au P.M.U. pour chercher l’oubli. T’as 30 ans, t’as pas toutes tes dents et tu sais déjà que tu seras pas amoureux, enfin si, quelques jours, un peu comme la dernière fois. Tous ces gens qui causent en même temps parce qu’ils ont besoin de parler et pas d’écouter, ça te rassure, ça cache, ça couvre ta voix intérieure. Le mieux pour pas parler c’est encore d’avoir la bouche pleine alors tu picoles, tu travailles ton teint au vin du pays de l’Aude. L’alcool désaltère un court instant, c’est bénéfique sur une courte durée c’est comme quand tu aimes. Ah ! Ça t’emmerde l’aspect éphémère de tes tourments. T’es tombé dans le tumulte quand tu étais petit. Pour te reposer tu regardes la télé, pas l’image qui bouge dedans, tu vomirais ! Non, tu dikaves le cleps en porcelaine genre « Lassie chien fidèle », c’est moche, c’est comme chez la mère à Titi, tu te demandes d’ailleurs combien d’exemplaires de cette merde t’as vendu à des retraités de la Poste au puces de Saint-Ouen. Ta vie n’a pas de liant, c’est que des moments figés que tu enfiles comme les perles d’un collier et, entre chaque perle le vide pesant de ce constat :

 

« Habitude et lassitude édulcorent mes passions ! »

 

Tu seras jamais un enthousiaste gadjo, tu réfléchis toujours avec un miroir et tu vois pas plus loin que le bout de ton nez, même s’il est long ça fait pas beaucoup. Depuis deux plombes tu t’évertues à te cuiter et tu te demandes si tu refoules autant que ton voisins aux babines hypertrophiées, violacées, gercées, veineuses, c’est d’ailleurs pas des lèvres c’est des varices !

 

Tu souris gadjo, parce que l’espace d’une minute tu as oublié de penser à toi, mais c’est fini !

Sors de ta carcasse et regarde toi encore, tu crois que tu t’habitueras à ça ?





16:44 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

C'est écrit, Cet écrit... ... est un pan de mur [dans la gueule] qui s'effrite, pauvre gypsy ridé d'être trop malmené par ton esprit tortueux. On voit rarement la lumière, à deux, c'est dix fois plus sombre ou clair. Dès qu'on-traste...et dualité exquise.

Écrit par : Novocaïne | 06/07/2005

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