30/06/2005

Dresden

Le mazout copule avec la boue pour un bouquet de d’effluves âcres. En revoici un autre! Bouche ouverte, crispée, cernes violets, l’épuisement a creusé son visage mais le duvet naissant sous son nez trahi la candeur de ses vingt ans. Vieille Europe devenue écuries d’Augias, tous ces enfants gonflés aux idées post-romantiques ayant quitté leurs foyers la fleur au fusil rentreront chez eux au meilleur des cas les pieds devant.Le saule pleureur s’incline sur le gisant et ses branches frêles semblent vouloir s’enraciner dans les lésions encore détrempées. Ce garçon qui, de ses lectures vitalistes, avait gardé cette idée si noble : celle de refusionner avec le monde. Reparlons-en de ce Monde!Dresden tu pues! Tu sens la poudre, tes places de la Liberté sont devenues des baisodromes à charognard, comme si tous les protagonistes de cette foutaise avaient implosé en même temps pour nous offrir un champ de coquelicot. La viande est devenue trop surie pour les rats, je file vers la rivière.Encore un, les boucles s’animant dans le courant, les anguilles se sont invitées dans des orifices taillés à l’éclat d’obus. Il est une Ophélie qui transsude, une Ophélie empuantie, une Ophélie qui encore se vide…Je fais face à ce qui fut la ville, elle est désormais comme déchirée, j’entends encore d’ailleurs les restes de l’Apocalypse. J’entends le chant des sirènes, les hommes gémissent et réclament la mort, certains agonisent depuis plusieurs jours.Celui-là aurait aimé se couper les veines mais il n’a plus le poignet à mutiler ni la main capable de commettre le suicide vulnéraire, et cet autre qui semble bouffer la terre pour appeler les vers à terminer la tâche de la faucheuse!C’est un monde étouffé, il y a eu trop de bruit, le silence gagne du terrain mais avec la lenteur tactique de la cruauté. La cécité ne les épargne même pas, ils s’entendent entre voisins de tranchées tentant d’atteindre l’ultime soupir, il n’y a plus d’ennemis, plus d’alliés, pas même de vainqueurs ni de vaincus, il n’y a même plus d’hommes, seulement des muscles baignant dans un jus gras, des viandes dans une macération de limaille.Le monde est un bouillon non dégraissé, il y a encore plein d’yeux dans ce bouillon!

20:41 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

çà ira Cà ira de ces mollusques à la lanterne,
et leur pensée médusée fadasse...
Rien ne coule de rivière, de Bavière, de salive.
Que l' iode tarie dans leurs veines sèches...
Du poison avarié...sans le moindre effet.

A très vite...à (F)rance(T)...



Écrit par : Novocaïne | 01/07/2005

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