01/05/2005

WAR

C'est à peu près l'heure où elle glisse sous la porte, se dit-il. Lui, avait passé la nuit à se tordre. Une corde autour du torse et quelqu'un de malveillant qui tirait dans le but de comprimer sa cage thoracique.
Il avait quitté la scène avec une inquiétude évidente, l'attention avait déjà le goût de l'excuse, il aurait voulu passer sa main dans sa bouche pour aller chercher le poids oppresseur.
Crainte alliée à la hâte, instinct mêlé à la logique d'un tableau. Serait-ce aujourd'hui?
C'est dans ce genre de situation que l'on comprend l'aspect carceral des côtes, à tel point qu'il ne devinait plus  aucune extériorité, les mains tapant frénétiquement le sternum depuis l'intérieur. Savoir était sortir, mais sortir était aussi affronter la lumière.
On avait travaillé d'arrache-pied toute la nuit à Lacrymaland afin d'être prêts à l'heure fatidique. Quelle excitation! Les responsables passaient le parc en revue: doigts et ongles rongés, vésicule en surchauffe, centre de la paranoïa "ON", mise en service des fausses routes, lèvres prêtes à recevoir clope sur clope, yeux globuleux et intestins en foire. On allait sans doute passer une bonne journée!
Il fermait son oeil interne pour découvrir un matin qui se devait d'être prometteur mais lui se repliait en devinant le bruit des pas lourds dans une autre cage d'escaliers. Justement, elle. Son pas mal assuré sur les pavés, une certaine amertume dans la bouche car, même en jouant les femmes fortes, ces femmes qui assument, elle ne voulait pas lui faire de mal.Elle lui portait la corne dans le coeur. Toutefois, elle faisait tant pour lui! Séparées de quelques centaines de mètres, leurs pensées respectives s'échappaient en méandres chargés de culpabilité pour se rejoindre en un point névralgique, une sorte de front de guerre. Les soldats ennemis étaient frères et enfonçaient leur baïonnette dans les chairs. Le jour se lèverait différemment maintenant, on avait avalé la colombe, un rapace plus beau entamait la charogne délaissée sur un champ de bataille vierge, uniquement balayé par les tensions d'un monde stérile.
Le moissonneur effectuait son labeur, non sans peine comme si lui-même goûtait au regret.
Il aurait aimé la serrer chastement dans ses bras, le sceller d'un baiser virginal, lui offrir une étreinte nubile. Il n'y a guère que les mythes qui renaissent sur les cendres chaudes d'un conflit nocturne, là, il avait perdu une partie de lui-même. C'était l'ablation de trop, celle qui le plongerait dans un autisme dévoreur. Il se voyait comme ces hamsters qui courent dans leur roue sans but afin de s'échapper.

19:51 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

dis une p'tite gauffre? un cocobat?

Écrit par : Milady | 02/05/2005

panque attack je suis au bord de la constriction totale, bravo, y'a que toi pour écrire aussi fouillé

Écrit par : salomé | 02/05/2005

,,, ,,,

Écrit par : moz | 02/05/2005

Ahem... Suzy... Arrête de me faire rougir...

Écrit par : malecicatrique | 04/05/2005

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