27/04/2005

Chloé D.

Mon dos épousait la chaleur du soleil répandue sur le plancher, dans cette lumière franche on aurait pu croire que j’étais bien. Enfin bien… Pour les autres…

Hors de ma boîte crânienne ma vie est d’une simplicité quasi prolétaire mais, quand je suis couché sur le sol dans un calme recherché, sans intrusion parasite du monde, je goûte au tumulte intrinsèque, aux conflits intestins.

 

Dans les mains, j’avais un livre éplucheur, c’est vous dire si je jouissais, en lisant je m’évertuais à faire de belles chutes de peau, depuis l’occiput jusqu’aux talons en essayant de ne pas briser la continuité des épluchures dermiques. Planté dans la peau molle sous mon menton, je sentais la pointe d’un chausson de Saint-Jean pénétrant suffisamment ma chair pour entraver une déglutition normale… Alors oui, j’étais bien tu penses !

 

Pourquoi tu crois que j’aime fumer à jeun quand la gorge est aride ? Tu crois que j’aime lire Bataille parce que c’est imprimé en italique ? J’aime être la souris verte qu’on montre à ces messieurs en la prenant par la queue et qu’on balance dans le chaos d’un brouet acide. Ses mots étaient des gifles et je souriais de ce rictus teinté de mort et d’érotisme… Ithyphalle charmé au son d’une plainte spasmodique, le bas-ventre honteux, la tête renversée comme si j’étais le sujet d’une toile de Chagall, une foire aux sensations, tout sens dehors prêts à se confronter à des salves d’une violence insoupçonnée.

Je me recroquevillais, fœtus à la conscience adulte, sorte de saumon remontant le fleuve, cherchant la chaleur d’un vagin maternel, à la porte d’entrée on avait laissé ce mot :

 

« Fermé pour cause de ta gueule ! »

 

Ne demandez pas à un cosmonaute de faire du breakdance à son retour d’une longue mission orbitale alors ne me demandez pas d’être clair après une lecture qui m’a éloignée de mon sexe !

J’étais la honte confrontée au regard du monde, que je sois là ou ici j’étais au centre avec ces yeux encastrés dans les murs de la ville entouré d’index déictiques. On m’avait mis à poil pour devenir monstre, derrière la porte il y avait du bruit, miasme auditif, des voix gutturales, des rots, des rires fêlés, des râles et puis… en tournant la page on m’a poussé dans le dos et je suis entré illico dans la cadence burlesque d’une farandole d’hommes aux attributs grotesques, j’avais quitté la violence de ses mots pour l’agressivité du monde… Mais ? Bordel ! CA n’a rien à voir ! Dans la violence, il y a le désordre qui permet de jouir et me voici geignant comme un porc dont on a raté l’abattage :

 

« Je ne suis pas comme eux ! »

 

Quand elle m’a tendu le livre elle m’a dit :

 

« Euh… Je ne sais pas si ça va te plaire, c’est très féminin ! Mais tiens ! Pourquoi pas ? »

 

Elle commençait à me connaître, j’ai une paire de couilles pour répondre aux exigences des administrations et puis pour pas faire trop tache dans les vestiaires des piscines, ou rassurer les médecins…

Tu penses si je me suis fais cueillir en lisant ce bouquin ! On m’a pas plongé dans le Styx moi tu sais ? Je suis une vermine orgueilleuse et inculte qui ne peut que parler d’elle pour parler de vous, de toi aussi…

 

Dis ?

 

Tu crois pas que j’ai aussi entendu ton rire retentir ? Démiurge à l’ironie sévère, c’était comment d’écrire ça ? Y’a parfois de cette lucidité effrayante des poivrots, des aveugles de tragédie habitant des cages d’escalier…

C’est dur de lire quand on a un semblant de vie, j’ai plus le souffle, peut-être un jour je te dirais pourquoi ?...

 

 

 

 

(auto-portrait de Marina Abramovic)





19:11 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

chloé juste lire, relire....

Écrit par : salomé | 02/05/2005

Star I noticed you included one of Marina Abramovic's photographs in your entry. I'm an Art student, and her pieces are source material for my sculpture project.
How did you find her?

Écrit par : Stephanie | 25/01/2006

Les commentaires sont fermés.