03/04/2005

8

Toute cette histoire a commencé un 8 car le 8 est le chiffre de la vie nouvelle. Ce bouge est un octogone monté sur un couple de serpents autophages.
Elle scrute l’orient pour chaque matin assister à la naissance du jour, j’ai renversé la mappemonde avec mes médiocres mots, le temps est un mort-né, les premières heures sont celles du jugement dernier, elle part crever en occident… Occidere…

Si je suis omniprésent, dans le parfum âcre d’une mare urbaine, dans les aspérités rêches des parpaings, dans la teinte jaunâtre d’une pluie filtrée par les cheminées des usines, c’est que j’ai explosé, l’expansion d’un moi sans ego, j’ai fusionné pour n’être que globules de la ville. Tu suces la moelle de mes mots qui exsudent et qui stagnent dans les déchetteries isolées.

Ton ombre errante qui se détache de la normalité cyclique du monde, ton ombre errante claudiquant traînant avec orgueil le fardeau congénital, comme un bagnard fraîchement rasé lâché dans le petit matin.
Tu t’enfonces dans les bouches de metro, attirée irrémédiablement par la respiration machinale du monde, tu seras recrachée plus loin, inchangée. Et c’est bien parce que l’aspect corrosif du monde ne te fait pas plus brillante que de plus en plus tu deviens fruit amer.

Quelque part, une cave chauffée par des conduits détournés, un sol de terre battue, murs de briques molles, air lourd, moite, air palpable. Une silhouette, un sourire or, yeux au milieu des joues, parmi un tas de poupées chiffon il y a toi, transpercée, brûlée, humiliée. La poupée a elle aussi le sourire aux lèvres, le sourire or peste, l’attrape pour alimenter la chaudière puante. Tu te libères dans un rire rédempteur.

Le Bleu du Ciel balancé violemment contre un mur trop blanc, une phrase rampe sur le plancher poussiéreux :

« Elle pleurait comme on vomit, avec une folle supplication. »

La phrase me regarde pour me sauter à la gorge :

« C’est elle ! » qu’elle me dit.

Il faut la regarder nue. Les stries, la rédemption dans la douleur, elle se fige dans un cri polyphonique, de toutes ces bouches artificielles, éros embrasse thanatos avec avidité pour enfanter le suicide… Pour transfigurer le monde.

Je veux être ton curetage le plus libérateur, ton curetage le plus vulnéraire.

Car il ne nous faut plus reculer face au pourrissement, refuser le langage apocalyptique, le dieu de la guerre chevauche Senhsucht laissant derrière lui des traînées de plaies purulentes, des traînées, des plies et l’inceste carnivore d’hommes voués au doute… Insecte nettoyeur. Chairs crucifiées à ton regard, des croix comme uniques arbres jalonnant les allées car un jour il y a eu faute.

Jeune cerisier aux fruits boursouflés, tu t’es extraite de mon rêve fiévreux.

16:12 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

huit ? huit charbons bleuis par les rotors
huit doigts broyés dans fracas des jours
huits autocars sur la route incertaine
huits frères et soeurs à la nuit
huit lunes d'incertitude
huit cuillères à poudre d'os
huit hématomes punctiformes sur la cuisse droite
huit bérbères évadé aux nuits vertes

Écrit par : Noé | 08/04/2005

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