19/02/2005

Asymptote

Je suis entré. Odeurs de bois sec, presque pas vivant, comme des bois de cannelle mais en plus sec encore. Pourquoi ce décor muscade me paraît-il si aride ? Je dois te mordre les lèvres pour libérer le liquide vermeil, qui s’écoule, gras, sur ton menton persan.

Les sueurs ont des saveurs sucrées comme des larmes de bronze, des haleines mortes de girofle. Avant la vie il y a la texture tangible des fragrances, elles donnent formes et couleurs au monde. Et pourtant, dans cette implosion sourde de bouquets, nous avalons nos propres serpents. Le sommeil maudit est tombé comme le brouillard moribond des canicules. Le char a traversé nos regards pour percuter le mur, là… un peu plus loin !

Il n’est plus de lumière vulnéraire, les rais solaires sont des colonnes qui nous écrasent, des pilons de marbre, nous devenons résidus comestibles. Nous devenons nous aussi épices pour agrémenter nos chairs antiques déjà digérées par les dieux.

Mets brillants dans les assiettes d’airain, portés à des bouches barbues,  à des lèvres de naïades perverses aux seins arrogants.

Puis mêlés au vin, à la sève de leurs pins, ils iront nous vomir pour en nourrir de plus petits, nous diminuons, nous approchons l’innommable néant pour ne jamais l’atteindre.


20:13 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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