13/02/2005

Urschrei

J’aperçois les lignes des tensions du monde. Mais, je sens un poids qui pèse sur mes poumons lorsque je regarde ce qui doit être mon ombre. Elle s’avère être plus représentative de ce que je suis que le reflet bâtard que me propose le miroir. Quand elle me tourne le dos, j’y devine les voix des trépassés et, quand elle me fait face j’y lis les dernières écritures de mon existence. Je deviens transition de ce tumulte venteux pour une fusion nerveuse avec la terre et mon corps se crispe dans l’expression de notre angoisse, mes mâchoires se bloquent, grandes ouvertes, et mes mains tremblantes se font remparts à mes oreilles.

Dans cette obscurité suave et froide, sous cette lune hâve, les traits de ce décor que la nature me propose se plantent en moi comme des sagaies. L’angoisse est donc née de l’agression de la nature, de ce mythique confident, il me faut atténuer le bruit furieux de ce qui m’entoure, de la mer vindicative, des vents de la colère, l’univers n’est plus notre confesseur il a pris la forme de notre anxiété. Je me désexualise en une flaque de chair pénétrant dans la terre, intrusion nécessaire pour pénétrer le monde sourd ! Je ne sais pas si j’immerge ou émerge, si je me dévoile ou me cache, je crois goûter tout simplement à l’angoisse de vivre.

Me voilà rupture et contradiction, je suis devenu limpide mais disloqué, investi d’une mission messianique, le tableau d’une prédication humanitaire. Je dois boucher mes orifices pour ne pas souiller ce qui reste de pur avec notre intelligence corruptrice, j’ai réussi la fusion mais je dissone comme de l’huile dans un verre d’eau, je botte dans la nuance pour une saine brutalité. Voilà ce que je puis lire au-dessus de moi : « l’humain n’est plus, vous êtes devenus la veule inhumanité ! », Nous aurions dû vivre aveugles et ne pas retourner la glèbe, les rats sont devenus maîtres, les anguilles blanches à nos chevilles. Je suis coupable de passion aussi, j’aime la puanteur grise des hommes et leur ton vert de pourriture…

J’ai vécu comme on traverse un pavillon de cancéreux !



21:45 Écrit par malecicatrique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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